• Purgatoire du non-regard – « 15/18 » (Cédric Kahn)

    Des clichés du « film-français-social-grisonnant », Cédric Khan ne semble rien craindre. Caméra à l’épaule, le cinéaste pénètre dans une unité de soins pédopsychiatriques publics accueillant des patient.e.s de 15 à 18 ans aux côtés de Lucia, jeune admise, qui découvre elle aussi le lieu et ses occupants. Nettement plus posé dans ses cadres par la suite,…

  • Se noyer dans la nuit – « Jeunesse – Les Tourments » (Wang Bing)

    C’est à la façon d’un nouveau jour que se lève « Jeunesse (Les tourments) », retrouvant la beauté de sa jeunesse complice et fougueuse envers et contre tout. La lumière qui perce alors ne se fera savoir qu’un court instant, car cette fois, échappatoires joyeuses et discussions seront perpétuellement écrasées par les machines et le travail. Empêtré…

  • Dans le noir, il y a tout – « Vampire » (Apichatpong Weerasethakul)

    Il est totalement fou de constater comme le naturalisme (sinon minimalisme) d’Apichatpong Weerasethakul est aussi efficace dans la contemplation mystique que dans la peur brute. Sorte de radicalisation du dispositif du « Blair Witch Project », le calme et le minimalisme de « Vampire » exacerbent l’imagination, particulièrement féconde tant l’image est sombre. On devine plus que l’on ne…

  • Doom – « Barrio Triste » (STILLZ)

    « Barrio Triste », bien que pensé comme le portrait d’une certaine jeunesse colombienne, s’ouvre sur l’image d’un vieux journaliste en costume, se préparant face caméra à rapporter des événements étranges recensés dans le quartier. Pour rallier le projet d’origine, il faudra alors que ceux qui constituent l’arrière-plan de ce regard médiatique hégémonique, un groupe de délinquants…

  • Crépuscule – « Jeunesse – Le Printemps » (Wang Bing)

    Difficile d’encapsuler en quelques lignes l’immensité du projet que représente « Jeunesse (Le Printemps) », dont l’épure formelle capture déjà une immense partie de la grandeur. Sous des airs de froideur, Wang Bing se contente en fait de capter le réel, jamais plus, de son regard dont la prétendue neutralité ne fait que cacher la tendresse pour…

  • Toujours plus vite – « L’Île des souvenirs » (Januel Mercado & Joel Crawford)

    Sans doute plus qu’un mauvais film (qu’il est pourtant par déduction), « L’île des souvenirs » paraît surtout être le symptôme d’un mal qui approche de plus en plus clairement sa forme terminale. Comme toujours, ce mal naît d’un « bien » : la trilogie (encore inachevée) Spiderverse, réinvention du film d’animation à grand spectacle par une générosité de…

  • Un Jardin à soi – « Le Jardin de Madame Hu » (Pan Zhiqi)

    « Féérie et nature » chante son titre. « Le Jardin de Madame Hu » s’ouvre en désenchantant, le havre fleuri espéré étant en fait composé de déchets et objets récupérés ça et là par la vieille dame pour être ensuite vendus. De cette condition précaire en forme de fatras géant, de lieu à l’architecture impossible, le film ne…

  • Je suis apolitique – « L’Abandon » (Vincent Garenq)

    Ne subsiste qu’assez peu de doute, après visionnage, quant à la quête de neutralité de « L’Abandon », qui suinte de chacun de ses choix autant qu’elle échoue dangereusement. Ne pas avoir de point de vue (se vouloir apolitique ?), c’est très nécessairement pencher vers des facilités, et donc des généralités. En cherchant à coller aux faits, le…

  • Un battement et des corps – « Resident Evil » (Zach Cregger)

    Des couloirs surchargés, une caméra à l’attention éparpillée entre tous les corps malades, et un coursier. Intriguant sans susciter pourtant beaucoup de hype (la faute à une généalogie dont il est difficile de ne pas avoir honte), « Resident Evil » s’ouvre à la façon d’une rupture. La généalogie est brisée, Zach Cregger troquant les pirouettes de…

  • Safe & Sound – « Toni Erdmann » (Maren Ade)

    Un échange de regards, troublé de quelques larmes. Rare percée d’humanité dans un capitalisme qui avilit tout, le fige dans la pierre. Le tube de Capital Cities retentit entre les murs de cette boîte de nuit, habillant de ses airs démodés le mauvais goût des lieux, entre stroboscopes et danseuses dénudées.Inès, la fille, affreuse capitaliste…